L’histoire de la construction de la chapelle de Nauzenac

Extraits de Sainte Marie-Madeleine et son sanctuaire de Nauzenac

Écrit par l’abbé D.-A. PATRICE LA ROCHE

Publié en 1878.

    Les deux villages de la Mirande-Haute et de la Mirande-Basse — l'apparition avait eu lieu sur un territoire qui leur était commun — décidèrent pieusement qu'il fallait bâtir, de leurs deniers ou à l'aide de la charité publique, un sanctuaire à sainte Madeleine. L'endroit même où la Sainte leur était apparue offrait pour la réalisation de ce louable dessein des difficultés réelles, sérieuses, énormes, presque insurmontables, vu la modicité des ressources ;car ces quartiers ne sont pas précisément favorisés des dons de la fortune, C'était, en effet, au beau milieu de la côte, sur un sol ingrat, inculte, sauvage, naturellement mouvant, exposé à des déchirements, entouré de rochers, presque inaccessible. Non loin de là, sur les bords du fleuve, était un espace étroit mais d'un abord facile, un sol relativement fécond: il fut choisi pour recevoir le modeste oratoire. On se mit à l'œuvre sans plus tarder. Des matériaux furent rassemblés en toute bâte, et, les fondements creusés à grand’ peine, on commença à édifier. 

    On a travaillé avec ardeur pendant une journée entière; les murs sont déjà à fleur de terre. On se félicite de ces beaux commencements, qui font concevoir de douces et précieuses espérances, on se promet un heureux et prompt succès. Le premier soir venu, chacun va se livrer à un repos laborieusement mérité, prendre, dans un sommeil réparateur, des forces nouvelles pour les prochains labeurs. L'homme propose, mais Dieu dispose ! Quelle ne fut pas la surprise lorsque, au matin du deuxième jour, on trouva à peu près démoli tout ce qu'on avait bâti la veille. On crut à la malveillance, à la jalousie, à quelque basse et ignoble vengeance, et, sans se laisser déconcerter par ce premier et léger échec, on reprit de plus belle. Mais voilà que le surlendemain et les jours suivants la même chose se renouvelle. Impossible d'aboutir : ce qui s'élève le jour retombe la nuit. 

    La foi simple et docile de nos pères n'eut pas de peine à voir dans ces événements une intervention surnaturelle, la manifestation de la volonté d'en haut ! 

    Évidemment, la Sainte ne voulait pas être honorée en ce lieu. L'austère amante des solitudes ne pouvait s'accommoder du charme, de la fraîcheur, de la naturelle coquetterie de cette verte oasis, mieux accommodée aux distractions mondaines, aux folles joies et aux plaisirs profanes que propice au recueillement, à la prière et aux saintes contemplations, ses occupations familières autant que chères. 

    On se réunit, on délibère, on prie Dieu et sainte Madeleine de parler; puis, plein d'une confiance absolue dans les jugements, dans les décisions de la sagesse éternelle, le directeur, le chef de la pieuse entreprise monte sur le tertre voisin, et, lançant de toutes ses forces et perpendiculairement son marteau — auquel il a attaché un ruban aux couleurs de la Sainte —   : Où le marteau tombera, dit-il, la chapelle se bâtira ! Par un admirable et doux dessein de la Providence, le marteau — que l'assistance tout entière put suivre du regard dans sa course miraculeuse à travers l'espace — alla tomber à plus de deux mille mètres en aval, sur la rive droite de la Dordogne, aux portes de la Mirande-Basse, à l'endroit même où la dame avait disparu aux yeux des petits bergers d'abord, de la population presque entière du village ensuite. C'est à ce village qu'appartenaient les pâtres privilégiés qui, les premiers, avaient été favorisés de la miraculeuse apparition; c'est là aussi que se trouve la chapelle actuelle de sainte Marie-Madeleine.

Rédacteur : Georges Oysel

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